Parvenu à sa troisième édition en 2013, Fin Novembre est un évènement organisé par L’Action Terroriste Socialement Acceptable (ATSA), qui a pour mandat de rapprocher les sans-abris du public par le bais d’activités interdisciplinaires, allant de l’installation artistique aux animations musicales, en passant par les actions bénévoles (gestion de dons de vêtements et offre gratuite de repas chauds). Fin Novembre remplace l’évènement de longue date État d’urgence (1999-2010), puisque la lourde logistique nécessaire pour l’organisation des activités d’envergure et l’interruption du financement fédéral ont obligé les fondateurs, Annie Roy et Pierre Allard, à éliminer un grand nombre de services offerts aux sans-abris lors des rencontres (dortoirs, massages, soins psychologiques, etc.). L’édition de 2011 porte sur l’importance de l’implication citoyenne, tandis que celle de 2012 insiste sur le 20ème anniversaire du parc Émilie-Gamelin où se tient à chaque année l’évènement. Cette édition cherche à mettre de l’avant une critique engagée de la conception de la place publique, notamment dans le cadre de La Soirée Rouge du 22 novembre 2012.
Rejouer le spectacle de la ville. Une étude de cas de l’œuvre Sortir, d’Aude Moreau
Un texte de Josianne Poirier, produit dans le cadre du séminaire de troisième cycle HAR 7005 : Problématisation du contexte artistique
La nuit du 27 février 2010 est froide, mais cela n’empêche pas la foule d’envahir les rues et les souterrains de Montréal. Il y a de la frénésie dans l’air. C’est la Nuit blanche. Fidèle à son habitude, le gyrophare de la Place Ville Marie accomplit son incessant tournoiement, mais il n’est pas le seul ce soir-là à illuminer le ciel de la métropole. Sur la Tour de la bourse, les fenêtres illuminées de certains bureaux écrivent dans les airs le mot sortir. Inscription étrange qui s’accorde à la nature festive de l’événement en cours dans la ville, mais qui porte également à réfléchir. Sortir pour aller où, pour faire quoi ? Qui devrait sortir ? Ou encore, qu’est-ce qui devrait sortir ?
Errances photographiques. Mobilité et intermédialité
Les photographies ne viennent jamais seules, semble-t-il. Elles emportent avec elles leur référent, comme l’a signalé Roland Barthes, mais elles sont aussi, le plus souvent, couplées à d’autres véhicules, des moyens de transport les plus traditionnels jusqu’aux modes de communication les plus sophistiqués. Cette association entre photographie et mobilité – mobilité spatiale et temporelle tout aussi bien que médiale – constitue l’ibjet d’étude de cet ouvrage.
Les textes ici réunis traitent, de diverses façons, de problématiques liées à la photographie et à sa manière de se trouver, invariablement, au coeur de noeuds de relations où médias, médiations et transmission s’associent. Des rapports qui se sont noués suivant de bien curieux chemins, entrecoupés de nombreux détours, de glissements spatio-temporels et de possibles « transmigrations », tout au long de la courte – mais combien dense – histoire du médium.
Textes de : Louise Vigneault, Philippe Despoix, Martha Langford, Kirsten Emiko McAllister, Jim Brasebin, John O’Brian et Anne Benichou.
PAQUET, Suzanne (dir.) (2014). Errances photographiques. Mobilité et intermédialité. Presses de l’Université de Montréal.
http://www.pum.umontreal.ca/catalogue/errances-photographiques
Séminaire de troisième cycle : problématisation du contexte artistique
(HAR 7005) – Automne 2013
Université de Montréal
Prof : Suzanne Paquet
L’art et le site. L’espace public à l’ère de l’image
Bien des pratiques artistiques proposent aujourd’hui une double position ou un double accès : des interventions dans l’espace urbain (art relationnel, pratiques furtives, art éphémère in situ) sont prolongées ou trouvent une représentation qui leur est symétrique dans le cyberespace. Des artistes utilisent par ailleurs les technologies numériques et l’internet (générateurs d’images, moteurs de recherche, instruments de géo-localisation et médias sociaux) comme outils ou terrains d’investigation, cependant que dans le web, qui facilite grandement la monstration et la propagation des œuvres en tous genres, les photographes amateurs trouvent une tribune, un véritable espace public pour montrer leur production d’images qui, parfois, bien qu’elle soit de l’ordre de ce que l’on appelle la « culture populaire », s’avère être très proche, dans son apparence ou dans son contenu, de l’art des professionnels. Le moyen terme qui rapproche toutes ces pratiques, ou qui semble lier art d’élite et « goût barbare », est l’aspect participatif. En effet, les artistes pratiquant l’art urbain revendiquent une fonctionnalité renouvelée, un engagement social, communautaire ou écologique de l’art alors qu’autour des pratiques d’amateurs ayant le web pour point d’ancrage se développent des communautés au sein desquelles les échanges et la communication sont de première importance. Ainsi, on ne peut plus penser l’espace public que dans une multiplicité : possiblement physique et situé, mais aussi circulatoire et en réseaux; des formes qui s’amalgament et se répondent, qui doivent être mises en tension et examinées en réciprocité.
Eme3 2013 : Topias, Utopias becoming real
par Myriam Barriault-Fortin
L’organisme Eme3 est créé en 1999 afin de répondre au besoin d’un espace pour les architectes, les urbanistes et les créateurs de divers domaines pour montrer leurs expérimentations et innovations. Le mandat d’Eme3 a changé depuis, mais il conserve un intérêt pour l’architecture. Ces dernières années, Eme3 s’intéresse à diverses pratiques et il offre un espace de réflexion à leur sujet. L’intention principale d’Eme3 est de joindre et diffuser ce qui se fait à l’avant-garde concernant l’espace public[1].
Eme3 est basé au Col·legi d’Arquitectes de Catalunya, à Barcelone. L’organisme est sous la direction de Javier Planas et il est composé d’un comité scientifique. Il est supporté financièrement par des fonds gouvernementaux (entre autres le Gobierno de España; Ministerio de Fomero, la Generalitat de Catalunya, le Departement de la cultura, Representaciones de Alemania en España) et des dons privés. Depuis 2009, les rencontres ont lieu une fois par année, mais l’organisme suit des projets, des collectifs et il produit de l’information tout au long de l’année. Ces rencontres durent quatre jours et sont des laboratoires expérimentaux mis en place afin de réfléchir à de nouvelles avenues en architecture, en urbanisme et en expression artistique. Chaque édition est suivie d’un catalogue qui est disponible en téléchargement libre sur leur site internet[2]. Les éditions passées sont également archivées sur leur site.
De fond en comble ; médiation par Douglas Scholes
par Myriam Barriault-Fortin
L’exposition hors murs de la Galerie Verticale et des commissaires N&M (Nadège Grebmeier Forget et Manon Tourigny), De fond en comble, est un projet réalisé en collaboration avec l’Université de Montréal et le Fonds FTQ. La résidence des artistes Douglas Scholes et Nicole Fournier au centre d’artistes lavallois a lieu du 14 avril au 15 septembre 2013. Les artistes interviennent sur le terrain vague qui fait face à la sortie de métro Montmorency et sur la Place Claude Léveillée. Par une démarche liée à l’art de maintenance, et une intervention par l’étude, la mise en valeur de la variété des plantes, ainsi que les différents éléments présents sur le terrain, les artistes veulent piquer la curiosité des passants habitués au vide du terrain et de montrer que le terrain est plus « vivant » que son apparence de no man’s land ne le laisse croire. Finalement, l’œuvre est une observation des transformations des plantes du Mont des possibles durant la résidence. Ces éléments sont étudiés lors des médiations et des actions qui ont lieu à plusieurs reprises au cours du projet. Plusieurs médiations sont faites durant l’été pour suivre l’évolution du terrain. Les dates sont mises progressivement sur le site de la Galerie Verticale et sur le site de De fond en comble.
En ce jour un peu nuageux du 2 juin, la marche organisée par Douglas Scholes fait partie de la résidence d’artiste pour l’exposition hors murs De fond en comble. La démarche de Douglas Scholes, un art de maintenance, est reprise pour ce projet avec le Centre d’artistes lavallois la Galerie Verticale. L’Université de Montréal a collaboré pour ce qui est de l’accès au site de la Place Claude Léveillée. Le terrain en friche appartient au Fonds FTQ qui a permis l’occupation du terrain par les artistes.
CV95 : Cyber / espace / public
Ce dossier thématique cyber / espace / public examine un certain nombre d’enjeux liés au régime numérique des images et à leur circulation sur les réseaux. Il explore les multiples correspondances et réciprocités qui se tissent entre des espaces concrets et différents dispositifs technologiques, portables (téléphones « intelligents », applications en tous genres, instruments de géo-localisation) ou ancrés dans les cyber-réseaux (médias sociaux, moteurs de recherche, codes QR, etc.), tout en étant parfaitement intégrés à la vie quotidienne. Diverses temporalités s’y entremêlent, d’évidentes intepénétrations entre les domaines privé et public, entre productions amateures et professionnelles entraînent une transformation sensible des pratiques artistiques et culturelles.
Réalisé sous la direction de Suzanne Paquet, professeur d’histoire de l’art à l’Université de Montréal et spécialiste de la photographie, ce dossier rassemble les essais de six auteurs (Suzanne Paquet, Élène Tremblay, Christelle Proulx, Daniel Fiset, Christine Ross et Janine Marchessault) qui abordent ces questions à partir de travaux d’artistes (Dominic Gagnon, Jon Rafman, Karen Elaine Spencer, Janet Cardiff/George Bures Miller et sur l’exposition Land/Slide: Possible Futures) qui explorent les nouvelles zones ouvertes par cette prolifération et cette circulation accélérée des images et par les nouveaux appareils de la mobilité.
Esthétique pragmatique à l’oeuvre en quatre temps
Dans le cadre d’une résidence au 3e impérial, centre d’artistes autogéré situé à Granby, Douglas Scholes a présenté le projet « Esthétique pragmatique à l’œuvre en quatre temps », par lequel il chercha à infiltrer la voirie municipale en oeuvrant dans la ville à la manière d’un employé des travaux publics. Affublé du fameux dossard orange des employés, il avait sa propre carte de temps et prenait ses pauses parmi les employés, dans le but de comprendre les motivations de la ville et des employés quant à la maintenance du territoire granbyen. Scholes, subtilement intégré dans le bassin d’employés de la ville, a ainsi fait quatre interventions sur le territoire de Granby, au rythme d’une intervention par saison. Deux de ces actions, présentées à l’été 2010 et au printemps 2011, étaient qualifiées de transitoires : lors de ces performances, l’artiste, armé d’une sélection d’objets coulés en cire, moulés à partir de déchets communément trouvés sur le bord des routes, se balada le long de la Route Principale. Au cours de cette marche, Scholes ramassa tous les déchets sur le bord de la route et déposa spontanément ses déchets de cire près de la route, remplaçant le déchet habituel par son simulacre biodégradable. L’adresse de son site web, gravée sur chacun des déchets, était pour l’artiste un incitatif public à la communication et à l’échange ; il souhaitait que les gens, intrigués par la démarche de Scholes ou par la présence de ces curieux objets jaunes-ocres, lui écrivent pour qu’il puisse répondre à leurs questions sur les visées de la résidence.
Arquitectura Expandida (AXP); l’intervention urbaine, l’aménagement d’espace public et communautaire en Colombie.
par Myriam Barriault-Fortin[1].
Le collectif est composé de trois membres fondateurs: Felipe González, architecte colombien, Harold Guyaux, architecte belge, Ana López Ortego, architecte espagnole qui travaille également en gestion culturelle, et Marina Tejedor, membre du collectif depuis un an et demi, qui travaille dans le domaine de la gestion culturelle en Espagne. Ces membres forment le noyau du collectif où s’ajoutent les contributions individuelles selon les projets. Arquitectura Expandida se définit comme étant un collectif nomade, travaillant en réseau, qui participe à générer des lieux de rencontre, et finalement, comme un microlaboratoire de spéculation culturelle. L’utilisation du mot spéculation signifie pour les membres du collectif un questionnement ponctuel technique ou théorique selon le contexte où s’inscrivent les interventions. Les projets ou les actions culturelles doivent, autant que possible, créer des ponts entre les créateurs du projet et les gens évoluant près des lieux des interventions[2]. En premier lieu, nous aborderons les intentions du collectif dans leurs interventions urbaines. Ensuite, nous aborderons quatre interventions dans la ville de Bogotá. En conclusion, nous analyserons brièvement leur réception et nous reviendrons sur les problématiques touchant ce colloque, c’est à dire, l’engagement social de l’artiste auprès du citoyen et dans la collectivité, ainsi que la capacité des interventions urbaines à créer des liens et la possibilité d’activer un espace public.
Pique-Nique
Pique-Nique est un organisme regroupant plusieurs artistes en art actuel. À travers divers événements et projets de diffusion, ils proposent des pratiques dites in situ depuis 2001. Tel un laboratoire, leurs activités favorisent l’intrusion spontanée de l’art en contexte public afin de réaffirmer le caractère social de l’espace commun. Imprévisibles, spontanés, inattendus et instables, leurs projets tendent à proposer « un regard amusé et acide sur le lieu à investir ».
Jason Arsenault, Patrick Bérubé, Guillaume La Brie, Mathieu Lacroix, Véronique Lépine, Thierry Marceau, Marie-Hélène Plante, Edouard Pretty, Janick Rousseau et Mathieu Valade en sont les membres. Plusieurs invités se joignent aussi régulièrement à eux lors des différents projets.
Des images de Pique-Nique sur Flickr.
L’image d’en-tête est l’installation Police et Paysage de Mathieu Valade dans le cadre du projet « Autant en emporte le vent » (2012). Crédits: Véronique Lépine, Julie Villeneuve et Yves Marceau